Le SOE à CANNES

La vie de Guillaume Evangelista

Typographe et résistant cannois, Guillaume Evangelista mit son imprimerie et son savoir-faire au service des réseaux clandestins qui œuvrèrent pour la Libération.

Portrait de résistant

Guillaume Ernest
Evangelista

Imprimeur typographe, résistant du SOE et déporté politique cannois.

Portrait de Guillaume Ernest Evangelista
Guillaume Ernest Evangelista

Naissance et famille

Guillaume Ernest Evangelista naît à Marseille le 4 novembre 1906. Après le décès de son épouse, il est ajourné et renvoyé dans ses foyers afin de rester auprès de son fils.

Parcours militaire

Il sert à Nice dans les chasseurs alpins, au 74e bataillon alpin de forteresse, avec le grade de caporal. Son engagement est ensuite homologué au titre des Forces françaises de l'intérieur.

Imprimeur typographe

Directeur de l'imprimerie Aegitna, située au 27 rue Jean-Jaurès à Cannes, il exerce comme imprimeur typographe et travaille notamment pour de nombreux artistes.

Une vie à Cannes

Guillaume réside à la Maison de la Prud'homie de Cannes, au cœur de la ville dans laquelle il exerce son métier et développe ses contacts.

Le 18 juin 1940, alors que le maréchal Pétain souhaite l'armistice avec l'Allemagne, le général de Gaulle, depuis Londres, appelle par la voix de la BBC les Français à poursuivre le combat par tous les moyens contre l'Allemagne nazie. Le ministère de l'Intérieur réplique aussitôt par un message destiné à décrédibiliser ses propos.

Le général de Gaulle persiste, mais constate que l'armée française manque cruellement de moyens face à l'ennemi. Sir Winston Churchill lui propose alors l'appui de l'Angleterre à travers le Special Operations Executive, à la condition d'en assurer seul la direction, afin, selon ses mots, « d'éviter la ruine du pays ». Le général de Gaulle accepte cette décision.

Le SOE voit ainsi le jour en juillet 1940. Il permet l'organisation de transports grâce à des personnalités telles que Pierre Brossolette ou Jean Moulin, mais aussi la mise en place d'opérations maritimes et aériennes, de parachutages et d'atterrissages clandestins, l'usage du S-Phone, des jeux radio, la fabrication de fausses identités ainsi que des opérations de désinformation et de faux messages destinés à tromper les services allemands.

La France libre est proclamée malgré les tentatives du gouvernement français visant à faire obstacle au message du général de Gaulle. Certains Français rejoignent Londres, tandis que d'autres entrent dans la clandestinité sur le territoire national.

Une véritable armée de l'ombre se constitue. Ses membres sont formés au renseignement, aux transmissions radio, à la fabrication de faux documents, au maniement des armes et à l'organisation d'actions contre les forces d'occupation.

La disparition de la zone libre permet à l'armée allemande de prendre le contrôle de nouveaux territoires. Les réseaux de Résistance doivent alors renforcer leur clandestinité et leurs méthodes de protection.

À Marseille, les réseaux liés à Maurice Buckmaster sont notamment organisés par Francis Cammaerts, officier de l'armée britannique et agent du SOE chargé de développer la Résistance dans le Sud-Est de la France.

Ange-Marie Miniconi, ami de Guillaume Evangelista, lui fait connaître le réseau Jean-Marie Action, également appelé Donkeyman, puis les réseaux rattachés au SOE.

Guillaume rejoint le service de renseignement AS24 et participe à la formation au sein des Forces françaises combattantes. Les réseaux placés sous l'autorité de Maurice Buckmaster contribuent à préparer les opérations alliées et le futur débarquement.

Le réseau Carte et différents groupes Combat de la Côte d'Azur participent également à cette organisation clandestine. Après l'occupation italienne, la région passe sous le contrôle direct de l'armée allemande.

Les résistants tentent de faire obstacle aux services de renseignement allemands, notamment à l'Abwehr. Le mouvement est cependant infiltré par la Gestapo. Pierre Bertone, membre du réseau Carte, est arrêté en 1944.

Guillaume met son métier, son imprimerie et ses compétences au service d'un réseau dans lequel la discrétion est une condition de survie.

Guillaume est proche de Léon Noël, lui aussi engagé dans la Résistance. Arrêté par les Allemands, ce dernier est torturé puis assassiné.

À Cannes, les bombardements, les dénonciations et les arrestations se multiplient. Plusieurs hôtels sont réquisitionnés par les services allemands, tandis que leurs clients peuvent être contrôlés ou arrêtés.

La nourriture vient à manquer et la population subit les conséquences directes de l'Occupation. Plusieurs personnes sont tuées au cours des bombardements, des opérations de répression ou des interrogatoires.

L'hôtel Mont-Fleury devient l'un des lieux utilisés pour interroger, torturer ou assassiner les personnes soupçonnées d'appartenir à la Résistance.

L'affaire Marsac contribue à fournir aux services allemands des informations sur une partie du réseau Carte, facilitant l'identification et l'arrestation de plusieurs de ses membres.

Guillaume Evangelista utilise l'imprimerie Aegitna pour fabriquer et diffuser des documents clandestins. Il imprime notamment le journal Combat, des tracts opposés à Hitler et au régime nazi, des affichettes, de faux papiers ainsi que différents certificats destinés aux résistants.

L'imprimerie devient un point important de l'organisation clandestine cannoise. Les documents qui y sont produits permettent aux résistants de circuler, de dissimuler leur identité et de poursuivre leurs activités.

En 1942, Karl Klaus et Alfred Semisch arrivent à Cannes. Parmi les agents les plus redoutés figure également Ernst Dunker, dit Delage, repris de justice devenu sous-officier du SIPO-SD, section IV.

Installé à Marseille, Ernst Dunker est associé à la traque des résistants ainsi qu'à de nombreux actes de torture, de violence et d'exécution.

Des interrogatoires et des tortures sont également pratiqués au Gallia, présenté comme l'un des sièges de l'OVRA à Cannes, ainsi qu'au Mont-Fleury, siège cannois du SIPO-SD dépendant des services d'Ernst Dunker à Marseille.

Dénoncé pour ses activités clandestines, Guillaume Evangelista est arrêté le 7 janvier 1944 par la Gestapo de Marseille.

Il est accusé de trahison envers le régime nazi et conduit à l'hôtel Mont-Fleury. D'après les rapports et témoignages conservés, les interrogatoires sont accompagnés de coups et de violences.

Le personnel de l'imprimerie est également interrogé. Guillaume reste finalement seul entre les mains de la Gestapo au Mont-Fleury et refuse de livrer les informations attendues.

Faute d'obtenir des réponses, les services allemands le transfèrent ensuite à la prison des Baumettes, à Marseille. Sa sœur et son fils parviennent à le voir alors que son visage porte encore les traces des coups reçus.

Guillaume est ensuite transféré au camp de Compiègne-Royallieu, où il reçoit le matricule 36307. Considéré comme un ennemi du régime nazi, il y est préparé à son transfert vers les camps de concentration allemands.

Tondu, vêtu d'un simple uniforme et chaussé de socques, il doit travailler pendant de longues journées en recevant une nourriture insuffisante.

Les détenus sont réveillés vers trois heures du matin. Les appels peuvent durer plusieurs heures, sous la pluie, le froid ou le soleil. Un nouvel appel les attend encore à leur retour du travail.

Ces conditions sont destinées à épuiser physiquement et moralement les prisonniers avant même leur transfert vers les grands camps de concentration.

Guillaume Evangelista est déporté de Compiègne le 4 juin 1944, sous le matricule 36307, à destination du camp de Neuengamme. Il y arrive le 7 juin 1944.

Il est ensuite transféré à Sachsenhausen, où il arrive le 2 juillet 1944 et reçoit le matricule 84377.

Les archives le mentionnent notamment au moyen d'une fiche Hollerith-Vorkarte, utilisée afin d'organiser et de planifier l'affectation des prisonniers au sein de l'économie de guerre allemande.

Guillaume est enfin envoyé au kommando de Lichterfelde, en conservant le matricule 84377. Il y poursuit le travail forcé jusqu'à la libération.

Pendant toute sa déportation, il endure la faim, les violences, les maladies, les appels interminables et l'exploitation systématique des détenus par l'administration concentrationnaire.

À sa sortie des camps, Guillaume Evangelista ne pèse plus que 36 kilos.

La Croix-Rouge doit le soigner et le réalimenter progressivement avant qu'il puisse entreprendre son retour à Cannes.

Il conservera toute sa vie de graves séquelles physiques et psychologiques dues aux tortures, aux privations, au travail forcé et à ses différents internements.

Son silence sur cette période, partagé par de nombreux anciens déportés, expliquera en partie le long travail de recherche entrepris plus tard par sa fille afin de reconstituer son parcours.

Guillaume Evangelista est reconnu comme déporté résistant et membre du SOE. Ses décorations honorent son courage, sa discrétion et son engagement au service de la France et de sa libération.

Il reçoit notamment la Légion d'honneur, la Croix de guerre 1939-1945, la Croix du combattant de la Résistance, la Médaille de la France libérée dite Étoile du renseignement, la Médaille de la Déportation et de l'Internement pour faits de Résistance ainsi que la Croix du combattant volontaire.

Son parcours est également reconnu à l'étranger, notamment par la Médaille Foreign Veteran USA et par différentes correspondances officielles venues du Royaume-Uni.

La lettre de la monarchie britannique et les autres correspondances conservées témoignent de la reconnaissance portée à son engagement au sein des réseaux du Special Operations Executive.

Le 18 octobre 2024, la Croix d'Or du Mont-Valérien est attribuée à sa fille à titre posthume. Une palme de bronze est également déposée sur sa tombe au cimetière du Grand Jas à Cannes.

Ses distinctions perpétuent la mémoire d'un homme qui mit son métier, sa liberté et sa vie au service de la Résistance et de la Nation.

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